Il y a différents moyens de jalonner un processus créatif. Ces moyens sont propres à chacun et à chaque type de projet. Le Design Thinking est l’un d’eux. Né dans les années 50, le Design Thinking est une approche novatrice de la conception qui place l’empathie et les outils d’idéations au centre de son fonctionnement. Aujourd’hui essentiellement utilisé dans le domaine des expériences d’utilisations il est aussi énormément pratiqué en management dans la résolution des problèmes.

Pour comprendre le Design Thinking, il est essentiel de revenir sur la définition même du Designer.

 

 

Designer vs Artiste

 

Un designer n’est pas un artiste, ce n’est pas un créatif, pas un dessinateur. Un designer peut être toutes ces personnes, mais c’est en premier lieu quelqu’un chargé de trouver des solutions à des problèmes. C’est une personne capable d’identifier un manque ou une inefficacité dans un objet, un outil, un message ; et de trouver la bonne manière d’y remédier.

 

Définition de l’Alliance Française du Design :

 

Un designer est un praticien du design. C’est un professionnel qui possède un haut degré de formation artistique et technique, voire scientifique, ainsi qu’une éthique professionnelle […] Il est capable d’empathie, d’approche sensible, intuitive et créative pour aborder les sujets.

 

Il a le sens de l’esthétique, des formes et des signes, des couleurs et de la lumière, des sons, des matières et des matériaux, de l’ergonomie et de la lisibilité, et de leur interaction.Bien qu’il n’ait pas à résoudre des problèmes techniques purs, ce qui est l’affaire de l’ingénieur, le designer suit le bon déroulement technique et la fabrication d’un projet.

 

« Un artiste pose des questions, un designer propose des réponses ».
– John Maeda

 

On comprend donc que le Designer n’est pas un artiste, il possède un savoir faire technique qu’il utilise pour résoudre des problèmes. Le processus de création du Designer n’est donc pas qu’intuitif. Il repose sur des méthodologies spécifiques, propres à résoudre des problématiques différentes. Le Design Thinking est l’un de ces processus.

 

« Le Design Thinking est un mode d’application des outils de conception utilisés par les designers pour résoudre une problématique d’innovation, par une approche multidisciplinaire centrée sur l’humain. »

Aline Scouarnec

Les avantages

 

Alors pourquoi utiliser le Design Thinking ?

Les avantages sont multiples :

 

  • Le Design Thinking est centré sur les usagers.
  • Le Design Thinking nécessite la collaboration de plusieurs domaines d’expertises, ce qui permet d’établir une forte cohésion de groupe dans votre équipe, à travers un exercice commun.
  • Le Design Thinking encourage l’innovation en explorant diverses solutions pour un même problème.

 

Le cycle du Design Thinking

 

Une des particularité du Design Thinking est son découpage précis. C’est un parcours à sens unique jalonné de phases clés. Ces étapes peuvent varier selon vos situations, néanmoins 3 grands axes sont inamovibles : L’empathie, l’idéation et la phase de test.

Mais dans cet article, on va développer un peu plus, et décomposer le tout en 3 groupes de 2 phases :

 

thinkingsteps

 

1. Comprendre

Empathie

 

L’empathie est le maître mot du Design Thinking. La première étape de cette méthode consiste à se rapprocher au maximum des utilisateurs, comprendre leurs quotidiens, leurs envies, et leurs besoins. C’est en développant cette empathie que l’on identifie efficacement les problèmes des usagers.

 

Au fur et à mesure des années, les adeptes du Design Thinking ont développé beaucoup d’outils pour créer cette empathie, qu’elle soit physique ou mentale. 

 

2015-03-25-17-58-09-1-copie
 

Pour créer une empathie physique, il suffi d’essayer de recréer au maximum les conditions d’utilisation du public cible. On peut par exemple utiliser des gants lors d’une expérience tactile pour recréer les conditions d’utilisations de personnes à sensibilité tactile réduite.

 

On constate en général qu’il y a plus à apprendre en observant et recréant les comportements des utilisateurs dans le contexte d’utilisation prévu qu’en écoutant leurs retours. Questionner les usagers ne suffi pas. Vous devez vous mettre dans la posture d’un zoologiste étudiant le comportement animal, mais cette fois chez l’humain. Car c’est en prenant du recul que l’on se rend compte des problèmes réels. 

 

De nombreuses méthodes existent pour comprendre les utilisateurs.

Il s’agit surtout de trouver les plus adaptées à votre sujet :

 

  • Les 5 pourquoi ;
  • l’analyse d’erreurs ;
  • l’analyse d’activités ;
  • l’observation multi-culturelle ;

 

IDEO a développé un deck de carte répertoriant toute ces méthodes. Elles ne sont pour l’instant qu’en anglais.

 

Définition du besoin

 

Une fois que vous êtes pleinement en empathie avec les utilisateurs, vous êtes en possession de toute les variables et éléments du projet. Vous arrivez donc normalement à un stade ou vous êtes capables de définir les problèmes et les besoins des utilisateurs en combinant vos recherches.

 

C’est l’étape la plus importante car c’est celle qui orientera votre phase de recherche et conception.

 

Dressez les conclusions de votre études, trouvez les causes des problèmes, identifiez les besoins et servez vous en pour construire une problématique précise à laquelle répondre.

 

2. Explorer

 

Idéation

 

Une fois que la problématique est clairement établie, vous pouvez commencer à chercher des idées. On appelle cette étape la phase d’idéation.

 

Cette partie doit être un brainstorming sans limite avec votre équipe. Rassemblez différents corps de métiers, et exprimez vos idées à haute voix, combinez-les, mélangez-les, laissez votre créativité s’exprimer. Faites des croquis, des plans, de la recherche visuelle. C’est ici que le Design Thinking permet un travail en équipe, car tout le monde est mis à contribution.

 

Group of Multiethnic Busy People Working in an Office 
 

En général les concepts fusent beaucoup plus vite dans un groupe diversifié car la pluralité de points de vue est prolifique. Cela permet de faire émerger des idées novatrices. Les réunions de travail renforcent aussi la cohésion de groupe en créant une activité commune fédératrice dans une équipe créative.

 

Prototype

 

Construire des prototype est la suite logique de l’idéation. Cela permet de matérialiser un concept, d’imaginer une expérience d’utilisation et d’identifier les points forts et les points faibles d’une idée.

 

2015-03-25-17-58-09-1
 

En construisant des prototypes vous allez non seulement avoir une vision plus claire de votre concept mais aussi de la faisabilité de celui-ci. Vous pouvez lister plus efficacement ce qui peut mal se passer et donc y répondre par de nouvelles idées. Vous pouvez aussi commencer à réfléchir à des situations d’utilisations et donc affiner votre prototype en prévision.

 

3. Matérialiser

 

Tests

 

Il est temps de retourner voir les utilisateurs. Testez vos prototypes sur votre public cible pour voir si vos solutions remplissent son besoin et comblent les problèmes rencontrés. Testez-les sur des personnes ayant une forte connaissance du projet, et d’autres totalement étrangères à celui-ci, et comparez les différences. Testez-les sur des personnes de cultures différentes, ou avec des handicaps. Le but est d’observer comment votre solution est utilisée dans n’importe quelle situation. 

 

test-utilisateur-observation
 

L’expérience d’utilisation est elle bonne ? Peut elle être améliorée ? Comment ?

 

On appelle aussi cette phase la phase d’itérations, car elle consiste à tester les prototypes avec les usagers et de recréer de nouveaux prototypes en fonction de leurs retours. Ces expérimentations affineront le produits et le rendront le plus utile et fonctionnel possible pour votre cible.

 

Implémentation

 

La réussite du Design Thinking repose sur sa capacité à transformer un des aspects de la vie des utilisateurs. L’implémentation représente le chemin que doit parcourir votre solution jusqu’aux usagers. Réussir cette phase est donc critique.

 

On parle ici de considérations plus marketing que techniques. Il s’agit de vendre une solution, et éventuellement de choisir sa méthode de diffusion.

 

L’implémentation consiste à faire un choix de moyens que vous allez mettre en place pour vendre votre solution, tels que le graphisme, l’emballage, le prix etc. Un des moyens les plus efficaces aujourd’hui pour véhiculer une idée est le storytelling.

 

 

Le Storytelling

Le storytelling est une méthode de communication basée sur une structure narrative du discours qui s’apparente à celle des contes, des récits. Il consiste à faire émerger une histoire séduisante et convaincante et l’utiliser comme vecteur pour faciliter l’acceptation d’un message.  (Source : actisia.com)

 

Le Storytelling permet aux utilisateurs d’imagine une mise en contexte de votre solution dans leurs propre environnement. Et donc de mieux visualiser l’usage qu’ils auraient de votre produit. L’avantage pour vous, c’est qu’avec la première phase (l’empathie), vous en savez beaucoup sur les utilisateurs. Vous avez donc toutes les chances de votre coté pour réussir à imaginer un contexte d’utilisation crédible.

 

Conclusion

 

Le Design Thinking est au final une vision très commerciale du Design, il s’agit de comprendre au mieux les utilisateurs pour leur vendre une solution parfaitement taillée pour eux. Les usagers sont au cœur du processus décisionnaire, il n’y a pas de place pour la liberté de création car en Design Thinking, l’efficacité prime sur le beau. Le beau ne devient qu’un moyen d’atteindre les utilisateurs, un processus marketing pour déclencher un stimuli émotionnel. C’est là toute la différence entre un processus scientifique et une approche simplement empathique avec votre client.

 

C’est aussi une méthode de création qui nécessite une liberté d’autonomie totale de la part de l’équipe créative. En Design Thinking, le client n’est pas la personne qui nous contacte pour faire son application mobile, mais bien les futurs utilisateurs de cette application. Et il est important de rappeler ce fait à celui qui vous paye. Vous ne faite pas une application qui lui plait, mais qui plaira à ses propres clients.

 

2015-03-25-17-58-09-1-copie
 

Alors le Design Thinking est il la meilleure manière de faire ? Finalement il est légitime de se poser la question. Une méthode scientifique est elle meilleure qu’une méthode simple basée seulement sur l’empathie, l’idéation et la production?

 

C’est une méthode qui prend du temps, et qui peut déboucher sur des résultats imprévisibles, parfois surprenants, mais rarement inefficaces. Elle nécessite surtout un investissement de tous, et la participation de différents domaines de compétences, c’est ce qui fait sa force. Mais c’est aussi une méthode centrée sur les usagers. Si votre client ne veux pas que vous travaillez pour les utilisateurs, mais pour lui seul, alors le Design Thinking n’est peut être pas une bonne idée. Avec le Design Thinking, on passe d’une approche humaine à un processus clinique ou la partie artistique est totalement secondaire.

 

Néanmoins, le Design Thinking a ses limites. C’est un processus qui nécessite du budget et du temps pour être mis en oeuvre. De plus, à force d’observer les utilisateurs on relève des schémas de comportements similaires dans un domaine culturel donné, et le risque est grand d’aboutir à des conclusions (et donc des solutions) existant déjà et donc un résultat d’innovation nul. Dans ces cas là, le Design Thinking utilisé comme processus commercial représente une perte de temps potentielle qui pourrait être mieux utilisée. Car cette méthode est faite pour détecter les problèmes et les résoudre, et non pour trouver des solutions de concurrences. C’est une méthode qui identifie des besoins, mais qui ne permet pas d’en créer. Pour cela, on laissera la place au marketing.